CRERA Comité de Réflexion Ethique et de Reconnaissance des Aînés

CRERA - ARTICLE

CRERA COMITE ETHIQUE

LA SPIRITUALITE

11 mars 2016

1. Rappels sur la commission Ethique :
La commission éthique a pour objectif de :
-Débattre sur des sujets concernant les personnes âgées, en lien avec les concepts de l’éthique.
-Faire l’état des lieux de l’existant
-Recueillir les propositions de réalisation de l’idéal projeté.
-Analyser des écarts et faisabilité raisonnable.
-Ces travaux devraient permettre la réalisation d’un livret éthique du CRERA
-Il devrait également nous aider à formaliser des propositions de modules de formation établissements et services.

Pour ces travaux la commission doit s’appuyer sur les textes de loi, les référentiels en cours, les projets gouvernementaux, et les communications des chercheurs du domaine social.
La thématique retenue pour cette réunion « La spiritualité »
2- Que représente pour vous aujourd’hui la spiritualité ?
Dés échanges sur la spontanéité de la question, par des associations d’idées comme :
• Çà pourrait être du religieux, de la croyance, des valeurs autour de la mort.
• Un choix de vie, une remise en question, qui appartient à l’âme, une paix intérieure…..
• Ce qui vient de l’esprit en opposition à la matière. De la réflexion comme philosophie de vie tout en profondeur de soi-même, cheminement vis-à-vis de soi et des autres.

La définition de la spiritualité est une tâche difficile car ce phénomène est complexe et multidimensionnel. C’est une expérience strictement personnelle, intime, non codée. Une approche suivant 3 axes peut permettre d’avoir une définition :
• Le sens et la quête de sens.
• Le développement des valeurs
• La vie intérieure.
La dynamique de la spiritualité construit la vie intérieure de l’esprit qui s’adapte aux épreuves, aux joies, qui les intègrent, qui fait tout bouger dans l’être : notre liberté, notre capacité d’aimer, notre fidélité aux travers des épreuves et des découragements, notre manière d’espérer.
Notre identité, construite de notre histoire de vie, au-delà de nos rôles sociaux, de nos soucis et de nos habitudes. Le spirituel c’est la respiration de l’être, c’est la pulsion de notre vie, la dignité en est un des piliers. En remontant dans la nuit des temps, l’homme a organisé son premier rituel autour de la mort – les questionnements existentiels sont alors au coeur de la spiritualité pour donner du sens à l’au-delà. Les travaux des anthropologues considèrent les rites funéraires comme le fondement du passage des civilisations.
Exemple : le film « le sens de la vie » de Monty PYTHON, palme d’or à Cannes en 1983 où en 4 étapes de la vie il synthétise les valeurs éthique de la vie.
Il est montré que parfois on met toute une vie pour se dégager des croyances, et puis en fin de vie le doute s’installe : je ne sais pas ! Les repères manquent….et dans la vulnérabilité, la perte des repères entraine des choix « manipulateurs », sans âme, pour arriver à leurs fins.

La spiritualité est individuelle et personnelle, elle forge l’ego du sujet pensant. Le regroupement réunit des croyances, des valeurs communautaires qui pour les concrétiser propose des moyens : la zénitude, l’appréhension de la sérénité.
Le besoin existentiel, besoin non utilitaire, qui est le besoin de trouver un sens à la vie
• La spiritualité serait-elle ce qui nous réconforte ?
• Aurait-elle un rapport avec la mort ?
• Aurait-elle un rapport avec la beauté ?
• Aurait-elle un rapport avec la nature ?

La différence entre spiritualité et religion
La spiritualité relève de la quête de l’individu. C’est aller vers soi, faire un travail sur soi.
Alors que la religion est « tout un ensemble organisé de croyances et de rites portant sur des choses sacrées, surnaturelles qui peut porter sur un ou plusieurs dieux.
« La religion unit en une même communauté morale ou spirituelle ceux qui s’y reconnaissent ou les pratiquent » (André Comte-Sponville dans L’esprit de l’Athéisme).
Depuis toujours l’homme a été religieux et a pratiqué des rituels sacrés. L’Homme de Neandertal enterrait ses morts suivant des rituels bien définis. Dans le monde entier, les rituels funéraires sont variés mais correspondent tous à un rite de passage Il n’y a pas de religion sans spiritualité, cette spiritualité religieuse s’enracine à l’intérieur d’une religion comme une démarche de relation avec le Dieu en qui on croit en s’appuyant sur la prière et les textes sacrés

Les religions sont dogmatiques = des vérités parmi d’autres, d’un système.
« La vérité vraie n’existe pas, il y a seulement des vérités. » déjà pour Platon réfléchit à la relativité de la vérité. Comment comprendre cette diversité d’approche de la vérité, l’homme est L’ exemple du conte hindou nous permet de mieux saisir la complexité de la vérité : « les six aveugles et l’éléphant » document en pièce jointe
Exemple du Liban où est répertorié 18 religions différentes…..comment vivre ensemble quand chacune des religions pense avoir raison !
Quand est- il des personnes âgées que nous accompagnons ?
Toutes comme nous d’ailleurs sont conditionnées par un ensemble d'idées, de croyances et de doctrines qui leur ont été transmises dans leur enfance, et qui sont propres à une société, qui peuvent être différentes voir même à l’opposé de nos propres schémas

Parce que corps et esprit sont en étroite relation, la morale, les valeurs qui ont été intériorisées deviennent alors sa propre réalité. Les expériences de vie, les croyances et les valeurs partagées sont ce qui construit une société. La société étant elle-même malléable par les apports de son temps, elle évolue dans ses marqueurs, dans sa pensée, dans ses rites. Il faut donc prêter une grande attention au décalage qui pourrait s’opérer entre les générations. Lorsque l'être humain est incapable ou a de la difficulté à agir selon ses croyances et ses valeurs, il éprouve une grande détresse spirituelle qui peut se manifester par de la culpabilité, de l'anxiété ou du doute quant à la signification de sa propre existence.

La religion et la spiritualité sont particulièrement importantes pour les personnes âgées et sont très souvent associées au bien-être psychologique et au besoin d'avoir un certain contrôle sur leur mort. Pour certaines personnes âgées la religion devient une activité très importante et parfois même leur seule «activité de loisir». Souvent la pratique religieuse s'intensifie vers la fin de la vie mais même si ce n'est pas le cas, les aînés continuent à bénéficier des croyances et des pratiques qui sont en continuité avec leur religion antérieure. Les personnes âgées qui ont des convictions religieuses sont capables d'envisager le futur avec plus d'objectivité et de sérénité que celles qui ne pratiquent aucune religion.
La dimension spirituelle, souvent ignorée lors de la collecte des données des projets de vie individualisés, ne peut être ignorée lors de la planification des soins car celle-ci constitue un aspect fondamental du développement humain. Faire défiler sa vie. Repenser sa vie n’est pas anodin.
Beaucoup de personnes âgées ont besoin de ces temps de relecture pour trouver du sens à leur existence, pour parfois se questionner sur ce qu’a été leur vie, rechercher une forme de paix intérieure .La vie n’a pas été toujours un long fleuve tranquille. Ces personnes vont rechercher à s’isoler, rester dans leur chambre. Il faut respecter ce besoin. La peur de mourir est omniprésente, le silence voir le déni de l’entourage est une source de douleur non exprimée.

Lors d’un colloque sur le thème « Soins et Spiritualités » organisé au CHUV de Lausanne le 1er mars 2013, sur « La détresse spirituelle de la personne âgée ». Il a été rapporté les résultats d’une étude pointue réalisée par des Unités gériatriques qui met en évidence que près de 60% des personnes âgées avaient une forme plus ou moins sévère de détresse spirituelle. Les questions les plus présentes étaient liées au sens à donner à la ou au « pourquoi » d’une lutte pour vivre avec tant de difficultés et d’incertitudes.

L’avancée en âge peut être à l’origine de questionnements (sur son passé, son avenir, le sens de la vie, etc.) voire d’une souffrance existentielle, particulièrement au grand âge. C’est ce qu’illustre notamment le rapport 2013 de l’Observatoire National de la Fin de Vie qui, par l’exposé de sept parcours de fin de vie distincts, met en évidence la nécessité de prendre en considération les impacts psychiques du vieillissement et de l’approche de la fin de vie. Pour autant sommes- nous prêts à réfléchir à la façon d’appréhender ce volet de l’intime dont la prise en charge fait toute la différence, entre souffrance et apaisement ?

A domicile , en EHPAD que faire ?
Que mettre à disposition des personnes âgées pour qu’elles puissent continuer leurs pratiques religieuses ?
A qui peuvent- elles parler de leurs angoisses ? De leur vie ? Qui peut répondre à leur question ?
Le personnel connaît il les différents rituels de vie ? Funéraires ?
L’accompagnement des familles ?

Dans les établissements, mais également à domicile, les rituels de mort ne sont pas toujours respecter- c’est caché ! alors c’est le libre court à tous les phantasmes, alimentés par le secret.
Organisons des lieux de recueillement – laissons bénir les corps- accompagnons les défunts dans leurs dernières demeures – Parlons et partageons la vie du défunt à ses funérailles…. Éduquons nos enfants dans la réalité des évènements en les accompagnants loin des pensées magiques.
Ensemble donnons du sens à la vie, à la mort : dans ces moments si délicats, voilà toute l’importance de la parole avec ce qu’elle construit en chacun de nous qui cherche à se faire entendre.
La démarche palliative sera compléter dans le thème du mois de mai et poursuivi avec les travaux de l’antenne de Lorgues lors de l’AG le 06-06-2016-

Concluons par cette pensée de Françoise DOLTO :
« Tout groupe humain prend sa richesse dans la communication, l’entraide et la solidarité visant à un seul but commun : l’épanouissement de chacun dans le respect des différences ».