CRERA - ACTIVITES Comité de Réflexion Ethique et Reconnaissances des Aînés - Toulon - Var

CRERA Comité de Réflexion Ethique et de Reconnaissance des Aînés

CRERA - ARTICLE

CRERA COMITE ETHIQUE

LE RESPECT DES MINORITES SEXUELLES DANS LA FILIERE GERIATRIQUE

27 janvier 2017

les Petits Frères des Pauvres, initiateur du collectif GreyPRIDE.

Que deviennent les vieux gays, lesbiennes ou transexuels lorsqu'il vieillissent ? Ne devrait-on pas naturellement les retrouver dans les maisons de retraite ? Dans le public suivi par les associations de soutien ou parmi les personnes suivies par les structures d'aide à domicile ? Une rapide enquête m'a permis de constater que ces minorités ont une tendance à disparaître dans un anonymat qui n'interroge pas grand monde. J'ai donc regardé si les associations LGBT (Lesbienne, Gay, Bi, Trans) avaient une préoccupation plus importante de leurs seniors. J'ai pu recenser quelques actions, mais peu d'études et peu d'articles sur ce sujet. Pourtant...

Le nombre de seniors LGBT en France peut être estimé entre 500 000 et 800 000. Rien qu'en Ile de France on pense que cette population est de l'ordre de 300 000 personnes. Malgré ce nombre important, ces seniors n'apparaissent quasiment nulle part ; c'est une population invisible , inconnue des acteurs de la filière gériatrique, que ce soit l'aide à domicile , les maisons de retraites ou les EHPAD.
Est-ce grave docteur ?

Le premier argument que l'on me donne pour expliquer cette situation est le suivant : "Si on ne parle pas des seniors LGBT c'est qu'enfin de compte tout doit bien se passer... " C'est possible, mais alors la France serait un pays très spécial par rapport à ceux dans lesquels des études sur les seniors LGBT sont menées. Ces études montrent, en général, que les seniors LGBT :
- sont une population ayant un plus grand risque d'isolement dû à une structure familiale moins présente et des ruptures avec la famille de base plus importante,
- ont des revenus inférieurs à la moyenne nationale (dus à des périodes d'inactivité professionnelle plus ou moins importantes), un taux plus grand d'extrême pauvreté et de SDF
- ont une prévalence plus importante aux problèmes psychiques, dépression mais aussi à l'usage de drogue.
- un recours inférieur au système de santé à cause d'une méfiance des institutions liés à plusieurs facteurs (migration, parcours de vie, précarité, transidentité)

Le deuxième argument que l'on me donne concerne le respect de l'intimité des personnes :
"On ne va pas demander à quelqu'un quelles sont ses préférences sexuelles !"
Effectivement, je vois mal dans le questionnaire d'accueil qu'une partie soit dédiée aux partenaires sexuels et positions préférées...

Pourtant, le fait de présupposer que les personnes âgées sont hétérosexuelles enferme toutes les autres minorités dans un jeu relationnel mensonger qui ne permet pas de bâtir une relation "vraie" avec les aidants professionnels ou bénévoles.
Autre argument : "Est-ce si important d'être visible ?"
Etre invisible, c'est accepter de ne pas avoir d'existence et de revendications propres. Etre invisible, c'est accepter de ne pas parler de son histoire, de sa vie. Tant qu'une population reste invisible, elle ne peut pas faire valoir ses droits et ne peut pas signifier sa maltraitance. Enfin, parler de sexualité et d'orientation sexuelle des seniors permet d'avoir une approche autre qu'hygiéniste par rapport aux besoins des seniors. Il ne suffit pas de nourrir et soigner ; le principe de plaisir reste présent jusqu'au bout de sa vie ! Et lorsqu'il disparaît, disparaît avec lui l'envie de vivre.

Cette approche doit nous conduire à avoir une plus grande vigilance dans la relation que nous bâtissons avec les personnes âgées ; une écoute réelle de leurs besoins, de leurs attentes et de leurs difficultés permet de re-considérer la personne âgée comme une personne entière, faite d'émotions, de désirs, de sexualité, et ainsi d'accepter ses différences.

Redécouvrir qu'il existe des minorités non visibles dans la filière gériatrique, notamment en rapport avec leur orientation sexuelle, permettra de changer le regard que nous avons sur les seniors et permettra de bâtir de vraies relations, respectueuses de nos différences. Nous sommes hétero, gay, lesbienne, bi ou trans jusqu'au dernier jour de notre vie.